Le CSLR vous propose cette réflexion en quatre chapitres.
Depuis deux ou trois dizaines d’années, une question occupe, l’espace politique guadeloupéen avec constance et insistance : Quel avenir pour la Guadeloupe ?
Mais à voir les désordres que cela implique, une autre question devrait peut-être la précéder :
Qui décide des sujets sur lesquels nous devons réfléchir lorsque nous parlons de notre avenir ? Nos élus ? L’Université ? La presse ? Le monde économique ? Les Guadeloupéens vivant dans l’Hexagone ? Paris ? Ou les Guadeloupéens qui vivent ici, en Guadeloupe même ?
QUAND « L’AVENIR » DEVIENT INSTITUTIONNEL
Le 7 décembre 2003, les Guadeloupéens furent directement consultés. Il ne leur était proposé ni Article 74 ni Autonomie. Mais une collectivité territoriale unique remplaçant Département et Région, tout en restant dans l’article 73.
Leur réponse fut sans ambiguïté : NON à 72,98 %.
Ce vote vieux de plus de vingt ans ne permet évidemment pas de dire ce qu’ils pensent exactement aujourd’hui. Mais il demeure la dernière expression directe de la volonté de l’ensemble des électeurs guadeloupéens, sur une évolution institutionnelle de cette nature. Pourtant, portée sans cesse par nos élus, la question institutionnelle n’a jamais véritablement quitté l’agenda politique. De Congrès en Congrès, elle a été reprise sous différentes formes. En 2010, le Congrès écarta encore unanimement le passage à l’article 74. Puis vinrent collectivité unique, nouvelles compétences, loi organique et, aujourd’hui, projet relevant de l’article 74. Il ressort de tout cela, le sentiment que nos élus veulent à tout pris une évolution institutionnelle. Coûte que coûte.
Nos élus disposent naturellement de la légitimité de leur élection. Mais depuis 2003, aucune nouvelle consultation populaire ne leur a donné un mandat direct et spécifique pour conduire la Guadeloupe vers l’article 74, ni plus généralement pour la faire sortir du droit commun institutionnel de l’article 73. D’ailleurs, depuis 2003, où trouve-t-on dans les mandats que leur ont confiés les électeurs l’autorisation explicite de conduire la Guadeloupe vers l’article 74 ?
Un sondage d’où qu’il vienne, ne saurait remplacer une consultation électorale. Celui de 2025 repose sur 515 personnes interrogées et indique que 75 % d’entre elles sont favorables à une collectivité unique. Mais surtout, il ne leur demande jamais directement si elles souhaitent que la Guadeloupe quitte l’article 73 pour l’article 74.
Il n’y a rien d’illégitime à réfléchir à nos institutions.
Mais l’avenir institutionnel de la Guadeloupe est-il devenu, dans notre débat public, l’avenir de la Guadeloupe ?
Car d’autres questions devraient être posées avec la même force :
Que produira la Guadeloupe dans quinze ou vingt ans ? Quels emplois pour nos enfants ? Quelle agriculture ? Quelle industrie ? Quelle économie maritime ? Quelle place pour l’intelligence artificielle et les nouvelles technologies ? Comment retenir nos jeunes diplômés ? Comment commercer davantage avec la Caraïbe ? Comment assurer demain notre eau, notre énergie et notre alimentation ? N’est-ce pas cela aussi, l’avenir de la Guadeloupe ?
L’UNIVERSITÉ : « LE BUREAU D’ÉTUDES DES AVENIRS POSSIBLES »
En 1985, dans « Guadeloupe : tes quatre vérités », nous posions déjà la question :
« Université : atout ou piège ? »
Nous assignions notamment à l’Université une mission : être « le bureau d’études des avenirs possibles ».
Quarante ans plus tard, notre recherche montre que l’Université des Antilles dispose effectivement de compétences dans des domaines essentiels pour demain : informatique, intelligence artificielle, énergie, environnement, matériaux, risques naturels, santé, économie, agriculture…
La question n’est donc pas de savoir si l’Université travaille sur l’avenir.
Elle est de savoir si toutes ces connaissances sont suffisamment rassemblées pour proposer aux Guadeloupéens des avenirs possibles : que produire, qu’exporter, quels métiers développer, quelles technologies maîtriser, quelle place occuper dans la Caraïbe ?
Et surtout : ces questions bénéficient-elles, dans le débat public, de la même attention que notre avenir institutionnel ?
LA PRESSE : QUI FIXE L’AGENDA ?
En 1985, toujours dans « Guadeloupe : tes quatre vérités », nous intitulions un autre chapitre :
« L’information… grande soif ».
Quarante ans plus tard, la situation s’est inversée. Radios, télévisions, Internet et réseaux sociaux ont fait disparaître la pénurie d’information.
Nous sommes désormais confrontés à son abondance.
La question devient donc :
Qui choisit les informations qui deviendront importantes ?
Une grève, une manifestation, une polémique ou une déclaration politique constituent immédiatement un événement.
Un projet économique pour les quinze prochaines années ne produit pas nécessairement d’événement. Il faut le lire, l’étudier, vérifier ses chiffres, interroger ses auteurs et ses contradicteurs.
Le journaliste ne doit plus seulement couvrir l’événement. Il doit parfois décider de faire, du sujet, un événement.
D’où notre interrogation, qui reste à vérifier :
Notre système médiatique est-il davantage organisé, plus pour couvrir ce qui fait événement — et ce qui figure déjà à l’agenda politique — que pour mettre lui-même à l’agenda les grandes questions, économiques, scientifiques et technologiques de long terme ?
POURTANT, DES PROJETS EXISTENT
Nous pensions initialement trouver peu de véritables réflexions économiques globales sur l’avenir de la Guadeloupe. Nous nous trompions.
En 2009, à la suite de ses Universités d’été, le CSLR élaborait une étude intitulée « Propositions pour une Guadeloupe cohérente », portant notamment sur l’économie, les travaux structurants et l’organisation de la société guadeloupéenne. Ces travaux sont toujours consultables dans les archives de son ancien site, forums.opinpub.fr.
Le 20 novembre 2020, l’UDE-MEDEF Guadeloupe présentait « Guadeloupe 2030 – Le plus grand Jardin-Créole au monde », une vision à dix ans associant production locale, alimentation, eau, environnement, nouvelles technologies, attractivité et qualité de vie.
En 2026, enfin, le CSLR a élaboré un projet intitulé « Complexe Industrialo-Universitaire 2035 pour le Nord Grande-Terre », rapprochant Université, recherche et entreprises autour du numérique et de l’intelligence artificielle, de l’agro-transformation, de l’agriculture, de la pêche, d’infrastructures portuaires et des échanges avec la Caraïbe.
Ces projets ne constituent évidemment pas des vérités révélées. Ses propositions doivent être discutés, critiqués, améliorés ou rejetés.
Mais encore faudrait-il en débattre.
Le cas du « CIU 2035 » – Complexe Industrialo-Universitaire 2035 – est instructif.
Le 29 avril 2026, le projet occupait une page entière d’un supplément de France-Antilles. Mais il ne s’agissait pas d’un article du journal : la page avait été intégralement rédigée par le CSLR et l’espace acheté par l’association.
Il y eut donc visibilité médiatique, mais pas traitement journalistique.
Nous poursuivons nos recherches avant d’en tirer une conclusion générale. Car la véritable question n’est pas de savoir pourquoi les médias parleraient ou ne parleraient pas du CSLR.
Elle est beaucoup plus importante. Elle est :
QUI DÉCIDE DE CE DONT NOUS PARLONS ?
Lorsqu’une question est portée par des élus, des commissions, des experts, des Congrès, des parlementaires puis par le Gouvernement, elle produit continuellement rapports, déclarations, réunions et votes. Elle dispose d’un circuit qui alimente naturellement l’information.
Mais qu’arrive-t-il à une idée née en dehors de ce circuit ?
Comment une proposition concernant l’économie, la recherche, l’industrie, l’intelligence artificielle, l’agriculture ou l’ouverture caribéenne devient-elle un sujet dont toute la Guadeloupe débat ?
Une idée est-elle importante parce qu’elle détermine réellement notre avenir, ou finit-elle par nous paraître importante parce que tout le monde en parle ?
Nous avions commencé notre réflexion en demandant :
Pourquoi Paris comprend-il si difficilement ce que veulent les Guadeloupéens ?
Peut-être faut-il poser auparavant deux autres questions :
QUI DÉCIDE DE CE QUE PARIS ENTEND LORSQU’ON LUI PARLE DE LA GUADELOUPE ?
ET QUI DÉCIDE DE CE DONT LES GUADELOUPÉENS SONT INVITÉS À DÉBATTRE LORSQU’ON LEUR PARLE DE LEUR AVENIR ?
Notre étude se poursuit.
Mais une chose peut déjà être affirmée :
L’avenir institutionnel de la Guadeloupe mérite d’être discuté. Mais il ne saurait, à lui seul, résumer l’avenir de la Guadeloupe.
Notre avenir est aussi économique, scientifique, technologique, universitaire, agricole, industriel, maritime, caribéen, démographique et social.
C’est de tous ces avenirs possibles que les Guadeloupéens devraient pouvoir débattre.
Car c’est à eux, et à eux seuls, en définitive, qu’il revient, légitimement, de choisir.
Cohésion Sociale et Libertés Républicaines
04 Octobre 2026

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